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Chapitre 4 : Les salles d’étude – Les dortoirs

Les blouses grises

Dans ce lycée d’antan, où se côtoyaient pensionnaires, demi-pensionnaires et externes, à quoi reconnaissait-on un interne ?
Tout simplement à sa blouse, car la tenue du pensionnaire de 1960 (et jusqu’en 68) imposait le port de ce vêtement ; une blouse délavée, au tissu froissé, de couleur gris foncé, de longueur imposante, une blouse qui, au fil des semaines, pouvait ressembler plus à un chiffon qu’à un vêtement. Et l’hiver, la blouse dépassait sous la veste ou le manteau ; cela n’était guère élégant !
Les demi-pensionnaires et les externes n’en portaient pas, ce qui singularisait les pensionnaires…

Le goûter

Revenons sur le goûter du pensionnaire, pour remarquer qu’il est assez succinct. Les repas sont très corrects mais à 4 heures, l’interne aimerait bien un peu plus de friandises…
La distribution, en grande cour sous la galerie, génère une longue file d’internes qui avancent progressivement jusqu’à l’agent de cuisine, pour recevoir deux barres de chocolat (du chocolat noir, d’épaisseur bien faible) ou parfois une pâte de coing, un ʺ malakoff ʺ, ou de la gelée de raisin en dosettes. Par contre, dans la corbeille voisine les tranches de pain sont à volonté.

Durant les premières semaines d’internat le pensionnaire de sixième se contentait de cette ration. Pour l’améliorer, la première idée venue consistait à passer deux fois au service de distribution de ce petit chocolat, avec cinq ou dix minutes d’intervalle. Mais l’agent de cuisine avait bon œil :
« Mais tu ne serais pas déjà passé une fois, toi ? »
« Heu… non ; c’était hier »
« Je n’en suis pas si sûr… » et il donnait quand même (parfois) une deuxième ration.
Il fallait donc procéder différemment pour bonifier son goûter. La solution : ramener de la maison quelques friandises (non périssables), et les garder dans le casier d’étude. Mais les garder bien cachées, derrière les livres, car, de temps à autre, le surveillant général procédait à des fouilles ; et malheur à celui qui détiendrait la moindre nourriture. Lors d’un tel contrôle, il arriva un jour que le ʺ surgé ʺ [1] découvrit dans un casier une réserve de saucisse sèche… Le malheureux détenteur ne partit pas chez lui le samedi suivant… et la saucisse (bien que très appétissante) fut détruite sur le champ !

[1] surgé : surnom du surveillant général

L’étude

Billet d’entrée en étude – 1962

L’étude de fin de journée suivait la récréation du goûter. La discipline y demeurait sévère, tout bavardage avec un voisin restant strictement défendu. Il n’était donc pas question de travailler à deux sur un sujet donné, ne serait-ce que pour un court instant ; on ne devait pas se lever. Cependant, pour chaque leçon, exercice ou devoir, il fallait bien disposer des cahiers et livres de la matière ; mais ils se trouvaient dans le casier au fond de la salle. On devait lever le doigt et demander au surveillant l’autorisation de se rendre au casier. Il acceptait, certes, mais seulement s’il n’y avait pas déjà un autre élève se déplaçant pour la même raison ! On devait donc parfois patienter.
Certains surveillants, pour alléger le procédé, nous autorisaient à nous lever sans avoir à demander l’autorisation, mais toujours à condition qu’il y ait un seul garçon debout.

D’autres surveillants, très peu nombreux, acceptaient d’apporter, à un élève demandeur, non point une aide aux devoirs, mais plutôt une explication pour la compréhension d’une question par exemple ; ce soutien restait fort limité, presque exceptionnel, car si le surveillant parlait à un enfant, cela risquait de distraire les autres, et le silence de la salle serait rompu. En fait chacun devait travailler seul !
Dans les préparatifs pour le lendemain, une tâche revenait chaque soir : remplir d’encre le stylo plume. On n’utilisait les stylos à bille que pour le rouge, ou en cas de défaillance du stylo à plume. Chaque élève possédait une petite bouteille d’encre Watterman ; avant la fin de l’étude, il remplissait son stylo. Cette opération, bien que très simple, pouvait s’avérer délicate, car il ne s’agissait pas de tomber quelques gouttes d’encre sur le bureau ou, pire, de renverser le flacon.

Des dortoirs bien loin du lycée

Si les deux premières années, sixième et cinquième, présentaient une certaine ressemblance pour le pensionnaire, l’arrivée en quatrième provoquait plusieurs changements à l’internat.
Les récréations se déroulaient désormais dans la cour principale, la cour des grands. Fini, la bruyante petite cour en contrebas !
Nous avions toujours des cours le samedi mais le jeudi restait libre.

Cependant, la nouveauté la plus remarquable, en quatrième, concernait le dortoir. Les quatrièmes et troisièmes ne dormaient pas au lycée mais dans trois dortoirs annexes, situés à huit cents mètres, à l’ancienne caserne Saint Jacques, avenue de la Marne. Ces dortoirs présentaient le même état d’ancienneté que ceux du lycée, et le déplacement se faisait à pied, matin et soir.
Nous nous rangions sous la galerie attenante aux cuisines, sortions par la porte de service et partions pour dix minutes à un quart d‘heure de marche, dont le seul avantage pouvait être que nous traversions la ville, en passant vers les halles, la mairie, la place Garibaldi et l’avenue de la Marne, pour atteindre les dortoirs, perchés au dernier étage de bâtiments bien vieux. Ces déplacements quotidiens nous donnaient un sentiment de liberté ; nous n’étions pas enfermés dans les murs du lycée la semaine durant.

Mais le problème pouvait venir du ciel. Si une bonne veste, passée par-dessus la blouse grise, atténuait quelque peu la froidure d’hiver, il n’en était pas de même les jours de pluie. Sans protection vestimentaire efficace, et sans parapluie, la troupe des internes subissait de plein fouet les averses d’automne ou les pluies de printemps, qui trempaient nos vestes et blouses.
Certains ont en mémoire un soir particulier (de fin 62) où un violent orage s’abattit soudainement sur nous à partir de la place de la mairie. Impossible d’abriter une centaine d’élèves sous quelques rares portes cochères ; la seule solution fut de partir à la course, sous l’œil angoissé des surveillants qui n’avaient jamais connu pareille débâcle et qui craignirent de perdre quelques garçons. Malgré ce, sous des trombes d’eau, toute la troupe arriva à Saint-Jacques, mais trempée jusqu’aux os. Les dortoirs se transformèrent en séchoirs à linge, chacun ayant étendu tous ses vêtements sur les barreaux de son lit, les montants de son armoire, ou sur les lavabos, en espérant qu’ils seraient bien secs le matin venu.
L’année suivante (en septembre 1963) la municipalité de Béziers mit à disposition du lycée deux cars de ville qui, à 20 heures, nous attendaient Boulevard d’Angleterre (nous sortions par le portail des externes) pour nous amener à Saint-Jacques ; et le matin, le voyage inverse nous rapatriait à Henri IV avant 7h 15.
Ces trajets en autobus mirent fin aux douches gratuites sur le parcours !

À partir de la seconde, nous retrouvions les dortoirs au lycée. Et l’accès au deuxième cycle s’accompagnait aussi, de quelques innovations appréciées par le pensionnaire :

  • Tout d’abord celle qui ravissait de nombreux élèves, mais ne les concernait pas tous : l’autorisation de fumer dans un recoin de la cour.
  • Plus intéressant, le droit de sortir seul du lycée le jeudi après-midi, pour se rendre, par exemple, en ville. Ainsi, les groupes de copains allaient flâner sur les allées Paul Riquet, en essayant d’attirer l’attention de quelques jeunes filles passant par-là !

Des dortoirs transformés en étude

Pour ce qui est du travail scolaire, le passage en seconde apportait deux nouveautés permettant de travailler après le repas du soir : soit en étude, soit au dortoir :

  • En premier lieu, nous disposions d’une heure d’étude en soirée, de 8 heures à 9 heures, avant la montée au dortoir ; tout interne appréciait ce supplément horaire, le volume de travail personnel étant bien plus conséquent que dans les petites classes.
  • Cependant, nous étions nombreux à vouloir encore plus d’heures pour étudier, en particulier en période de composition, où les révisions prenaient beaucoup de temps. La seule plage horaire encore disponible se situait au dortoir, vers 9h 30, après l’extinction des feux. Trois possibilités s’offraient à ceux qui souhaitaient, en soirée, continuer leurs révisions :

    -1- Glisser sous les couvertures en tenant d’une main le livre, de l’autre une petite lampe électrique torche, en faisant en sorte que la lumière ne soit pas visible de l’extérieur de la cachette.

Mais la méthode obligeait à sortir souvent la tête de ce tunnel de couvertures, pour respirer profondément, en prenant soin d’éteindre la pile à ce moment-là, pour ne pas se faire réprimander par le surveillant.
En fait, ce procédé s’utilisait surtout en 4ème et 3ème où, en l’absence d’étude du soir, l’heure du coucher pouvait paraître prématurée pour l’adolescent ; d’où l’intérêt, porté par certains, pour la lecture, en soirée, des livres de bibliothèque.

-2- Deuxième possibilité : à partir de la seconde, dès que l’éclairage du dortoir s’éteignait, se rendre, avec son cahier ou livre, dans l’unique WC du dortoir, une petite pièce fort étroite mais d’une bonne longueur, ce qui permettait aux élèves venus y travailler de s’asseoir par terre sur deux alignements, adossés au mur, face à face.

Mais ce procédé présentait deux inconvénients majeurs :
*      La faible ampoule électrique destinée à éclairer parcimonieusement le cabinet n’arrivait pas à nous fournir suffisamment de luminosité pour que chacun lise sans fatiguer ses yeux.
*      La salle restait un WC avec les odeurs qui pouvaient s’y complaire ; et l’utilisation de ce lieu en mini-salle d’étude annulait la possibilité de se servir des toilettes … enfin… en principe !
Mais il fallait bien poursuivre les révisions, pour la composition du lendemain !

-3- La troisième solution, la meilleure, se pratiquait surtout aux dortoirs 1 et 2 , chez les élèves les plus âgés (1ère et terminale) : ces deux chambrées disposaient chacune d’une salle dite “vestiaire”, où s’alignaient les armoires en bois des pensionnaires, des penderies assez larges et sans portes.
Au moment où le surveillant éteignait les lumières du dortoir, les élèves qui désiraient continuer leur travail scolaire se dirigeaient tous vers cette pièce, bien plus vaste et commode que le WC. Chacun s’installait dans son propre casier, assis sur le rebord inférieur, entre les chaussures et le sac de linge sale. Et voilà une pièce de rangement ressemblant à une salle d’étude ; mais on n’y rédigeait pas les devoirs, car écrire dans ces conditions nocturnes n’aurait pas été facile ; on y étudiait sur cahier ou sur livre.
Un inconvénient subsistait : certains, moins portés sur le travail scolaire intense, venaient dans ce vestiaire pour chahuter, gênant ceux qui voulaient étudier, et risquant d’alerter le surveillant qui, alors, envoyait tout le monde se coucher…

Photos de dortoirs d’époque, dans d’autres internats semblables à ceux d’Henri IV ( photos – internet )

L’aile centrale du lycée, vue depuis le dortoir 2, en 1965

On remarque l’absence de galeries sur les derniers étages, réservés aux dortoirs 3, 4 et 5.

 

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Chapitre 3 : La journée-type d’un pensionnaire de 6éme, en 1960

Nous sommes en 1960 ; suivons un élève interne de sixième qui entame ses études au lycée. L’adaptation à l’internat n’est pas forcément évidente ; fini la liberté connue précédemment ; désormais, en pension, la discipline n’a rien de familial ; on est là pour étudier… et pour obéir !
Pour certains, les premiers jours s’avèrent un peu délicats, mais il faut bien s’adapter, s’habituer aux nouvelles règles de vie et de travail.
Voici donc, schématiquement, le déroulement d’une journée type, pour un pensionnaire de sixième, au cours de l’année scolaire 1960-61.

6 h 15 , dortoir 6 : Le surveillant s’éveille et se prépare ; dans l’alignement des lits, les enfants dorment encore.
6 h 30 : La première sonnerie de la journée retentit dans les escaliers et dans les cours ; le surveillant allume les lumières, frappe dans ses mains, demande aux élèves de se lever. Plusieurs sautent du lit prestement ; d’autres semblent refuser l’injonction du maître et se contentent d’ouvrir un œil. Le surveillant parcourt le dortoir et, à travers les couvertures, pince (modérément ! ) le pied des retardataires.
6 h 45 : La salle d’eau est encombrée ; plusieurs garçons, trousse de toilette et serviette en main, attendent une place sur la longue “ auge ” faisant office de lavabo commun. Le WC lui aussi connaît son affluence matinale.
7 h 00 : Près de son lit, chacun enfile ses vêtements, range dans son armoire pyjama et affaires de toilette, puis revêt la blouse grise des internes.
7 h 05 : Le surveillant demande d’activer la manœuvre. « Dans cinq minutes, nous descendons ; préparez-vous ». Chacun prend sa veste, et la passe par-dessus la blouse. Il ne faut rien oublier ; les dortoirs seront fermés tout au long de la journée.
Certains fouillent le fond de leur armoire métallique pour en sortir secrètement quelques grains de sucre et les placer bien vite dans leur poche.
7 h 10 : La sonnerie retentit ; en rang par deux nous quittons le dortoir direction le petit déjeuner, deux étages plus bas.
7 h 15 : Au réfectoire, la salle s’est emplie ; chacun a pris sa place. Le petit déjeuner est apprécié ; toutefois certains trouvent la quantité de sucre fournie insuffisante. Ils ajoutent discrètement quelques grains pris dans leur réserve secrète, cachée au fin-fond de leur armoire du dortoir. Mais il ne faut pas être vu ; un pensionnaire n’est pas autorisé à posséder la moindre nourriture.
7 h 35 : Le petit déjeuner va toucher à sa fin ; les agents de cuisine repassent encore avec lait et café.
7 h 40 : Nous rejoignons notre salle d’étude pour préparer le cartable de la matinée. Il s’agit, là aussi, de ne rien oublier ; les salles d’étude servent de salles de classe dès 8 heures et les casiers deviennent alors inaccessibles.
7 h 50 : Nous sommes de retour dans la cour. Le portail des externes et des demi-pensionnaires ouvre ; un flot d’élèves envahit les cours, s’ajoutant aux internes déjà présents.
7 h 55 : La sonnerie retentit ; des vagues de garçons s’orientent vers les cages d’escaliers qui, bien encombrées, retentissent des conversations matinales de centaines d’élèves. Les surveillants contrôlent tous ces déplacements.
8 h 00 : Sur la galerie, le professeur fait entrer le groupe. Chacun rejoint sa place. En principe, on ne change pas de place en cours d’année, d’où l’importance du premier cours de chaque matière, à la rentrée de septembre. Ce jour-là, ceux qui souhaitaient se trouver plutôt à l’avant, s’arrangeaient pour entrer les premiers.

Une galerie en 1965

8 h 55 : La sonnerie marque la fin du premier cours ; le professeur congédie le groupe qui s’échappe pour se diriger vers la salle de cours de deuxième heure. Les galeries et les sombres escaliers supportent à nouveau des flots de garçons pressant le pas dans les deux sens de circulation, ce qui annule parfois toute fluidité. Il faut préciser que le lycée étant vaste avec des salles réparties sur trois ailes et trois niveaux, certains groupes ont à parcourir une bonne distance pour rejoindre le cours suivant. Et, de plus, certains enseignants n’acceptent pas le retard…
9 h : Nous voilà en place pour la deuxième matière du matin ; elle nous occupera jusqu’à la récréation.
10 h : C’est la pause ; les deux cours s’animent ; les toilettes connaissent une certaine affluence, fâcheuse car le temps est compté.
10 h 10 : Nous rejoignons la salle de cours. Le travail scolaire reprend.
11 h : Nouveau changement de salle.
Midi : Les internes rejoignent rapidement leur salle d’étude pour déposer leur cartable au casier, puis ils se dirigent vers le rang réservé au réfectoire.
Tous les pensionnaires s’y retrouvent, rangés par niveau. Les “ demi[1] attendront 1 heure[2]  pour passer à table ; quant aux externes, ils ont quitté le lycée et reviendront avant 2 heures.
Nous entrons au réfectoire ; chacun rejoint sa table et sa place. Le service commence aussitôt.
Midi 45 : Le repas est terminé, le surveillant passe d’une table à l’autre, vérifie si tout est bien rangé et ordonne, d’un signe de la main, l’évacuation de la tablée.
Nous voilà libres pour une bonne heure. Les sixièmes et cinquièmes se rendent dans la petite cour et profitent de cette longue récréation pour bouger, crier, jouer avec les camarades.

1 h 45 : Nous montons en étude pour préparer le cartable de l’après-midi. On dépose les cahiers et livres utilisés le matin et on les remplace par ceux concernant l’après-midi en faisant en sorte de ne rien oublier (par exemple le cahier de textes ou le carnet de correspondance…). Nous descendons dans la cour.
1 h 55 : Les “ demi ” sont sortis du réfectoire ; les externes entrent dans la cour ; la sonnerie annonce le début de l’après-midi.
Celle-ci va se dérouler, comme en matinée, avec deux cours successifs : 2 h à 3h ; 3 h à 4 h et parfois un troisième : 4 h à 5 h (pour les grandes classes).
4 h : La journée est terminée pour les sixièmes, tout au moins en ce qui concerne les cours ; nous montons en étude pour mettre le cartable au casier.
Puis chacun rejoint bien vite la grande cour, où, sous la galerie près des cuisines, un agent de service sert le goûter.
Après cette distribution, le petit pensionnaire descend en petite cour, celle des sixièmes et cinquièmes. C’est le moment de courir et de se dépenser ; seule interdiction : ne pas se chamailler ou se battre.
Certains, par contre, préfèrent parfois s’installer dans un recoin abrité et lire des contes, légendes ou livres d’aventures, empruntés à la bibliothèque.

[1] Le terme “ demi ” désigne les demi-pensionnaires
[2] En 1960, pour les horaires de l’après-midi, on utilisait 1h, 2h … 8h, 9h … et jamais 13h 14h … 20h, 21h…

La petite cour en 1965

5 h : La sonnerie clôt la récréation de l’après-midi et invite tous les pensionnaires à rejoindre leur salle d’étude. Durant deux heures, ils vont apprendre leurs leçons pour le lendemain, rédiger leurs devoirs, faire les exercices…, lire ou s’occuper en silence. Chaque matière est concernée ; le cahier de textes est le seul guide. Le silence règne en étude.
7 h 10 : L’étude est terminée ; la sonnerie nous appelle pour le repas du soir.
7 h 15 : En descendant vers le réfectoire, nous pouvons enfin parler entre nous. On nous sert la soupe, le plat de viande et légumes, le dessert.
Après deux heures de silence studieux, le réfectoire s’emplit de conversations joyeuses et bruyantes. Mais si les surveillants estiment que le bruit est trop fort, ils imposent le silence absolu, durant une partie du repas ; on n’entend plus alors que le bruit des fourchettes…
7 h 45 : Sortie du réfectoire ; nous voilà dans la cour. Au printemps, au grand jour ou au soleil couchant, cet agréable moment de liberté est apprécié. Mais en plein hiver, par temps froid, dans l’obscurité profonde de la grande cour, il ne fait pas bon se promener sous les platanes. Et si de plus la bise glacée souffle, s’engouffrant dans cette cour largement ouverte à l’ouest, on ne peut alors que se réfugier sous les galeries ou dans une cage d’escalier ; la récréation du soir devient une épreuve qui ne se terminera qu’avec la sonnerie de huit heures, appelant les élèves pour monter au dortoir. Et la même situation se reproduit les jours de pluie !

8 h : En rang nous quittons la cour pour monter vers le dortoir 6. En hiver, les gros radiateurs en fonte répandent une certaine chaleur ; malgré ce, au lever le matin, c’est souvent la fraîcheur qui domine. En juin, par contre, la chaleur est parfois insupportable même avec les fenêtres ouvertes.
8 h 10 : Dès l’entrée au dortoir, il convient de se positionner au pied de son lit, debout et de respecter un silence absolu. Le surveillant vérifie l’alignement des enfants : deux rangées parfaitement droites, face à face. On pourrait presque se croire à l’armée ! Puis il fait l’appel, égrenant un à un les noms des élèves (mais jamais les prénoms). Après quoi chacun se prépare pour le coucher, sans courir (c’est interdit). Nous avons le droit de parler, mais pas très fort.
Presque chaque soir, le surveillant général lui-même passe pour inspecter les lieux et rappeler à tous que, à tout moment de la journée, il peut être là, pour représenter l’autorité et prendre des sanctions si nécessaire.
Chacun enfile son pyjama, passe par les lavabos (la fameuse “ auge ”) fait la queue devant les toilettes, enfin se glisse dans son lit, dont la broderie du couvre-lit rappelle clairement que l’on est au lycée Henri IV !
8 h 40 : Le surveillant effectue le tour du dortoir ; tous les enfants sont couchés : extinction des feux ! La journée a été chargée ; demain sera un nouveau jour. Le petit sixième s’endort en pensant à sa famille, son village…

Vers minuit : Le dortoir est fermé à clef, sans doute pour éviter toute fuite, mais le surveillant a une clef. Au milieu de la nuit, il est fréquent d’entendre le bruit d’une autre clef dans la serrure d’entrée. Ce n’est point un fantôme, mais le veilleur de nuit. Ce petit homme, boiteux, portant d’une main son trousseau de clefs et de l’autre un projecteur, éclaire tous les lits comme pour vérifier que chaque élève dort paisiblement, puis il repart vers le dortoir voisin.
Les internes sont surveillés jour et nuit !

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Chapitre 2 : Le lycée, tel qu’il était dans les années 1960-67

Avant de retracer la vie des internes d’autrefois, visitons le Lycée Henri IV, tel qu’il était dans les années soixante.

Première caractéristique, et non des moindres, il s’agissait d’un lycée de GARÇONS. Pas une seule élève fille. Le corps professoral, les personnels de direction, les agents de service… étaient pratiquement tous des hommes.
La même règle s’appliquait au Lycée de Jeunes Filles, place Suchon (devenue plus tard Place Général de Gaulle) : uniquement des filles, avec des dames à l’encadrement.
Créé sous Henri IV, d’où son nom, ce lycée de garçons fut reconstruit au tout début du vingtième siècle. En 1960, les bâtiments approchaient donc de la soixantaine.

Perché en haut de la colline biterroise, le lycée domine la plaine de ses ailes majestueuses comptant trois ou quatre niveaux chacune.
Un bâtiment plus récent, dit (à l’époque) “ bâtiment neuf ” prolonge l’aile nord. Bâti à la fin des années cinquante, il a la surprenante particularité de ne pas être en accord architectural avec les grandes ailes du début du vingtième.

Dans les bâtiments d’origine, point de couloir ; à chaque étage, des galeries extérieures, assurent les déplacements, au grand air. L’orientation est-ouest de ces chemins hors murs, garantit une exposition remarquable aux vents dominants. Ainsi, marcher sur une galerie, face au vent, un jour de fort “cers[1] ”, par un froid matin d’hiver, peut s’apparenter à une prouesse pour un petit sixième haut comme trois pommes !

[1] Cers : le vent d’ouest, dans le biterrois.

Les trois cours

L’établissement présente deux cours de récréation, elles aussi en plein cers.
La grande cour arbore de majestueux platanes qui font toute sa richesse. En demi-saison ou en été, verdure et ombre agrémentent ce lieu. Lors des récréations, cette cour était réservée aux classes de la quatrième à la terminale. Les sixièmes et cinquièmes n’avaient pas le droit de s’y rendre.

Une spécificité, qui aujourd’hui peut nous paraître insolite, existait dans cette cour : le coin des fumeurs. Situé côté nord, dans l’angle de l’escalier d’honneur, il s’étendait sur quelques dizaines de mètres, sous la galerie, le long du petit gymnase.
Tout lycéen de second cycle (de la seconde à la terminale) pouvait s’y rendre lors des temps libres pour fumer une (ou plusieurs) cigarettes. Les surveillants y passaient, surtout pour dénicher l’éventuel “ petit ” (troisième ou plus jeune) qui aurait osé s’y introduire ; si cet élève ne fumait pas, on le sermonnait et le chassait vers le reste de la cour ; s’il fumait, il récoltait une punition. De nuit (par exemple pendant la récréation de 20 heures, avant la montée aux dortoirs), ces “ jeunes ” fumeurs non autorisés, bénéficiant de l’obscurité, échappaient plus facilement aux contrôles.
En fait, la plupart des “grands” qui venaient là pour fumer n’appréciaient pas vraiment la présence d’un élève de troisième ou de quatrième, sauf s’il s’agissait d’un de leurs copains ; et encore fallait-il qu’il soit assez grand pour être pris pour un élève de seconde.

La grande cour servait aussi pour les heures d’éducation physique : sous la direction des professeurs de cette matière, on en faisait le tour à la course, un grand nombre de fois. Un terrain de volley-ball, situé sur la partie avant de la cour, côté boulevard, faisait le bonheur des grands pensionnaires, avant l’étude de fin d’après-midi.

La grande cour, en 1965

La deuxième cour, baptisée “ petite cour ”, se situe en contrebas et présente une surface nettement plus restreinte. Réservée aux récréations des sixièmes et cinquièmes, elle résonnait des cris de ces jeunes élèves qui, courant en tous sens, donnaient à ce lieu une image de vie intense, en comparaison du calme relatif de la grande cour.

La cour d’honneur, troisième cour du lycée, présentait quelques particularités. Tout d’abord, il s’agissait plutôt d’un jardin d’honneur ; on y trouvait, tout comme aujourd’hui, arbres et arbustes, bassin et statues. Les élèves n’y avaient guère accès, sauf deux fois par an.
La première fois, à l’occasion d’une cérémonie à la mémoire de Jean Moulin, qui fut élève à Henri IV. Ce jour-là, à moitié matinée, toutes les classes défilaient devant la stèle honorant le héros, en présence des responsables du lycée, des personnalités de la ville et surtout de Madame Laure Moulin, sœur de Jean Moulin.
Avant de quitter la salle de classe, le professeur demandait aux internes d’ôter leur blouse grise, puis donnait les consignes de bonne tenue qu’imposait cette commémoration.
Nous posions le pied dans la cour d’honneur une deuxième fois dans l’année, le jour des photos de classe, devant la statue. Le reste du temps, traverser, ou simplement stationner, dans ce jardin d’honneur pouvait entraîner une réprimande.

Le jardin d’honneur en 1965

Les couloirs d’entrée

L’entrée du lycée, par la grande porte rue Ignace Brunel, ne voyait guère passer d’élèves. Les externes ou demi-pensionnaires ne l’utilisaient jamais ; ils devaient emprunter, pour entrer ou sortir de l’établissement, le portail ouvrant sur la grande cour, rue Étienne Forcadel. Seuls les internes passaient par la porte principale, en partant le samedi à 16 heures, et à leur retour. C’est là qu’ils déposaient leur billet rouge de “ congé dominical ” en entrant le lundi matin avant 8 heures (ou le dimanche soir pour certains).
Autant dire que cette entrée et les deux splendides couloirs de part et d’autre, restaient des lieux plus ou moins méconnus des élèves. De plus, la présence du bureau de Monsieur le Proviseur rendait cet endroit encore plus inquiétant. En semaine, un pensionnaire ne s’y aventurait que par nécessité absolue, dans trois cas bien précis : pour se rendre au parloir, ou à l’infirmerie, ou à la lingerie.

En premier lieu, il pouvait donc être autorisé à emprunter ces couloirs administratifs pour rejoindre le parloir, la plus belle salle du lycée, ornée d’une cheminée et présentant sur marbre une liste d’anciens élèves morts pour la France.
Si, lors des longues récréations (vers 13h ou 16h), une personne extérieure se présentait, pour rendre visite à un interne, le concierge appelait l’élève (par haut-parleur) lequel montait au parloir.

En second lieu, un interne pouvait justifier sa présence dans ce grand couloir s’il devait se rendre à l’infirmerie ou à la lingerie, lesquelles se situaient au-dessus, au deuxième étage. Mais pour y accéder, outre le fait d’emprunter le majestueux couloir à demi-interdit, il fallait, en montant l’escalier, passer, au premier étage, devant l’entrée de l’appartement de fonction soit du proviseur (si on se rendait à l’infirmerie), soit du censeur (si on allait à la lingerie). Beaucoup considéraient ces trajets comme un embarras, et marchaient, à ces endroits, à pas feutrés.
Pourtant on n’allait pas à l’infirmerie ou à la lingerie sans autorisation écrite : un surveillant nous fournissait un billet, sorte de laissez-passer attestant que nous avions été inscrits à telle heure sur les cahiers répertoriant ces déplacements.

Le réfectoire

Le réfectoire restait un lieu inconnu des externes.
Il siégeait au premier étage au-dessus de la cour (et donc au rez-de-chaussée par rapport au jardin d’honneur). La cuisine se situant en-dessous, niveau grande cour, les agents utilisaient un monte-charge pour véhiculer vers le haut les plats à servir.
De grandes tables pour huit nous accueillaient avec des places fixes à l’année. Il convenait donc de bien se positionner dès le premier repas, à la rentrée de septembre, car on ne changeait pas de place par la suite.
Les tables s’alignaient sur deux rangs, de part et d’autre de la salle, laissant au centre un large espace pour les chariots de service. Les deux élèves en bordure de ce passage s’occupaient, en fin de repas de réceptionner et empiler correctement les assiettes et couverts de la table. Ceux situés vers le centre de la table devaient servir car les denrées arrivaient en plats pour huit. Ceux positionnés côté mur distribuaient les serviettes de table, situées dans des petits casiers, au-dessus et les y rangeaient en fin de repas.

Au petit déjeuner, nous avions café et lait, en grandes carafes métalliques, des tartines de pain à peu près à volonté, avec beurre, confiture ou miel. Celui-ci arrivait dans une grande coupelle et l’un de nous devait le partager en huit parts égales, à l’aide des huit cuillères à soupe de la tablée ; opération facile si le miel se présentait relativement épais ; opération plus que délicate quand le miel, trop liquide, coulait en dehors des cuillères (on les positionnait alors le plus possible à l’horizontale en appuyant la queue de chacune sur d’épaisses tranches de pain !). Même chose avec la confiture.

Nous prenions le déjeuner (qu’on nommait dîner) à midi, en premier service, les demi-pensionnaires passant à table en deuxième service vers 13 heures. Et le dîner (on disait le souper en ce temps-là) nous était servi vers 19 heures 15. Le menu comprenait toujours entrée, viande, légumes et dessert. En principe, on n’avait jamais à se plaindre de la nourriture à l’internat.
Les samedis et dimanches, le nombre de présents étant léger, on se retrouvait, à table, avec des élèves non connus, parfois des grands, mais on n’a jamais eu à subir des maltraitances du genre :
« Tu es un petit sixième donc tu auras moins de dessert que nous qui sommes des grands ».

Au cours du repas de midi, un surveillant distribuait le courrier. Pour un pensionnaire, loin de son village et de sa famille, recevoir une lettre représentait un vrai bonheur et illuminait la journée. Chacun pouvait également envoyer une lettre en la remettant au surveillant d’étude, en fin d’après-midi.

Le jardin d’honneur, côté statue  –  1965

Les dortoirs

Les dortoirs, juchés dans les derniers étages, présentaient deux alignements de lits sans séparation. La salle d’eau, commune aux quarante ou cinquante occupants, n’offrait que quelques lavabos et un seul wc, d’où des queues parfois bien longues, en particulier lors de la toilette du matin.
Le surveillant dormait dans le dortoir ; il disposait d’un bureau et d’un lit, aménagés derrière une paroi de bois et verre qui le dissimulait à nos yeux.
Une spécificité du dortoir six (où dormaient les sixièmes) résidait dans l’absence de lavabos, remplacés par une sorte d’auge, d’une bonne longueur, avec plusieurs robinets ; un lavabo pour sept ou huit garçons, en quelque sorte. Ce dortoir deviendra, beaucoup plus tard, une salle de dessin.

On ne disposait pas de douches dans les dortoirs. Deux salles de douches existaient ailleurs, dans le lycée, l’une près de la petite cour, l’autre aux abords du gymnase. Nous nous y rendions, sous la direction d’un surveillant, une fois par semaine, à une heure bien précise (souvent le jeudi matin en l’absence de cours).

Les salles de classe

Les salles de classe, qui s’alignaient sur plusieurs étages, donnaient toutes sur les galeries extérieures ; changer de salle entre deux cours obligeait donc à passer dehors (ce qui est toujours le cas actuellement).

Certaines salles présentaient une affectation bien définie, par exemple :

  • Les salles d’étude, au nombre de huit ou dix, essentiellement autour de la grande cour, assuraient deux fonctions : salles de classe dans la journée, salles d’étude des pensionnaires en fin d’après-midi, avec, pour cela, des alignements de casiers en bois, superposés, chacun fermé par le cadenas de l’interne concerné.
  • Au deuxième étage, les salles de physique-chimie, en gradin afin de bien voir les expériences réalisées par le professeur sur sa large paillasse.
  • Les salles de sciences naturelles, pareillement équipées ; l’une d’elles, plus moderne, se trouvait dans le ʺ bâtiment neuf ʺ.
  • Le gymnase, à demi tapi en sous-sol, n’offrait pas assez d’espace pour plusieurs classes en même temps.
  • “La Vigilante”, seule grande salle, toute en longueur, servait à des projections cinématographiques pour plusieurs classes, mais avec une très mauvaise acoustique. Presque entièrement en sous-sol, elle n’était accessible que par la rue Tourventouse, obligeant donc les élèves, pour s’y rendre, à sortir du lycée, accompagnés bien sûr !
  • Les toilettes-élèves (seulement pour garçons !), situées dans deux espaces, un par cour, connaissaient des affluences notables, au moment des récréations.
  • La bibliothèque, installée dans une toute petite salle du ʺ bâtiment neuf ʺ ne ressemblait en rien aux CDI (Centre de Documentation et d’Information) des lycées d’aujourd’hui. On pouvait seulement y emprunter de classiques livres de lecture (pas de bandes dessinées, pas de livres illustrés… et pas de lecture sur place…). Une dame tenait le poste de bibliothécaire.
  • Les salles de classe du lycée, bien que nombreuses, ne suffisaient pas, vu le nombre important d’élèves (plus de 1000, pour plus de 30 classes). Deux annexes complétaient la structure :

      * Le bâtiment Lagarrigue, face aux Halles, prêtait deux ou trois salles, en rez- de-chaussée, dont une pour le “ travail manuel ”, une autre pour le dessin.
      * Plus loin, l’ancienne caserne du quartier Saint Jacques fournissait trois dortoirs, pouvant accueillir plus de cent élèves.

Signalons enfin les nombreuses cages d’escaliers, ouvertes à tout vent. Mais le plus remarquable dans la structure du lycée restait l’ouverture de ses cours sur l’ouest. En raison de l’implantation des bâtiments pratiquement en haut de la colline biterroise, les cours offraient (et offrent toujours) un point de vue admirable sur la plaine de l’Orb avec, au loin, les contreforts des Cévennes et de la Montagne Noire. Les internes appréciaient ce panorama et s’amusaient à localiser leur village, là-bas, au loin. Ainsi, le pensionnat à Henri IV ne ressemblait pas à une prison !

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Chapitre 1 : L’entrée d’un élève en internat en septembre 1960

Nous sommes donc en 1960 ; l’école est obligatoire de 6 ans à 14 ans. Les écoles maternelles sont peu développées, mais, dans les villages dépourvus de maternelle, les enfants sont pris en charge en primaire à partir de 5 ans.
La majorité des élèves fréquente cette école primaire jusqu’à 14 ans, et se présente au Certificat d’Études Primaires à cet âge, en clôture de scolarité.
L’obligation scolaire passera à 16 ans en 1967.
Seuls les bons élèves (en 1960) ont la possibilité, à 11 ans, d’entrer en 6ème au lycée et d’y poursuivre leurs études jusqu’au Baccalauréat.
On peut aussi entrer en 6ème au CEG (Collège d’Enseignement Général), ou un peu plus tard, en 1963, au CES (Collège d’Enseignement Secondaire).
CEG et CES deviendront ʺCollège Uniqueʺ en 1975.
Mais, en 60, Lycées et CEG n’existent, en général, que dans les grandes villes, et les ramassages scolaires ne sont pas encore organisés. Ainsi, un enfant de la campagne, élève de CM2 en 1960, qui désire entrer en 6ème, va devoir s’inscrire à l’internat du lycée le plus proche.
Dans le biterrois, le lycée sera soit ʺHenri IVʺ (pour les garçons), soit le ʺLycée de Jeunes Fillesʺ (pour les filles).
Nous allons suivre un jeune garçon, habitant à quelques dizaines de kilomètres de Béziers, dans sa scolarité à ʺHenri IVʺ, de la sixième à la terminale, de 1960 à 1967.

L’installation à l’internat

Un peu avant la rentrée de septembre, les pensionnaires devaient se présenter au lycée, avec les parents, pour retenir leur place au dortoir et en salle d’étude. Autant dire que, pour le jeune élève de sixième débarquant de sa campagne profonde, la journée était capitale, mêlant découvertes et questionnements, inquiétudes et satisfactions.

Cette année-là (1960), les internes de sixième furent affectés au « Dortoir 6 » et à l’« Étude 8 ».
Le dortoir, perché au quatrième et dernier étage d’une des ailes du bâtiment, comptait environ vingt-cinq ou trente lits. Il présentait une allée centrale et deux alignements de lits en fer, modèle “armée” ; à côté de chacun, une armoire, fort étroite et haute, en fer également, constituerait notre propriété privée, verrouillée par le premier cadenas.

La salle d’étude se situait au troisième étage, sur une galerie éloignée de la cour. Des casiers en bois, de taille modeste, alignés en fond de salle, reçurent cahiers et livres. Une étiquette donnait le nom de l’occupant du casier, que l’on fermait avec le deuxième cadenas.
Après ces installations on se rendait à la lingerie pour y déposer le trousseau (draps et serviettes).

Le passage vers la cour d’honneur, en 1966

L’entrée au lycée

Il ne restait plus qu’à attendre le jour de la rentrée des classes, fixée au vendredi 16 septembre 1960 ; mais les pensionnaires intégrant le lycée la veille, le vrai “grand jour” pour les sixièmes internes se déroula le jeudi 15 septembre.

Les petits nouveaux allèrent de découverte en découverte : après le premier repas au réfectoire et la première nuit au dortoir, voici le premier petit déjeuner… et la première journée de classe.

Avant huit heures, la cour se remplit de garçons ; nous étions les plus jeunes…Un surveillant fit l’appel, classe par classe, puis on nous dirigea vers une salle où le professeur de français nous dicta l’emploi du temps, en nous expliquant son fonctionnement. Si la succession des cours paraissait simple à comprendre, il n’en était pas de même pour la localisation des salles. Dans un si grand lycée, avec trois ailes de quatre étages, deux cours, de nombreuses galeries, et un nombre de salles de classe qui paraissait démesuré, comment faire, à chaque changement d’heure, pour trouver où aller, sans se perdre ?
Et l’inquiétude s’accrût encore lorsque le professeur ajouta…
« Pour le travail manuel du samedi après-midi, la salle se trouve à l’extérieur du lycée, à l’annexe, non loin des Halles ; vous vous rangerez près des cuisines. »

Mais au final, tout se passa quand même sans incident ; personne ne s’égara, du moins le premier jour ; chacun s’employait à mémoriser les circuits empruntés pour rejoindre les différentes salles.
Au soir, la montée au dortoir marquait la fin d’une journée dense mais riche en apprentissage de la vie qui serait désormais la nôtre chaque jour.

Le premier dimanche

Le lendemain marqua déjà la fin de la semaine. Les cours du samedi se déroulèrent dans l’ordre de l’emploi du temps, et nous voilà arrivés à notre premier dimanche en internat. Plusieurs internes rejoignaient leurs familles, mais nous étions quand même nombreux à demeurer au lycée. Le samedi soir, la discipline sembla quelque peu atténuée et le dimanche matin, certains purent quitter l’internat pour la journée.
Car chaque pensionnaire avait un correspondant en ville, susceptible de venir chercher l’enfant en cas de nécessité (grève du personnel d’internat, maladie…). C’était souvent un membre ou un ami de la famille, habitant Béziers.
Durant la récréation du dimanche matin, de 10 heures à 11 heures, ce correspondant se présentait à la loge du concierge, lequel lançait un appel au haut-parleur de la grande cour :
« L’élève ʺUntelʺ est demandé au parloir ».
La journée, ainsi passée en famille, paraissait longue et réconfortante, mais il fallait rentrer au lycée avant 19 heures.

La première semaine

Les deux jours de classe déjà vécus nous avaient fait rencontrer quelques professeurs ; les jours suivants nous permirent de connaître tous les autres. Chacun d’eux énonça la liste du matériel nécessaire pour suivre correctement son cours.
En particulier, le professeur de dessin dicta une liste peu claire pour un petit sixième qui n’avait pas eu de vrais cours de dessin à l’école primaire. On y trouvait par exemple un ʺ affûtoir ʺ (jusqu’à présent, nous n’avions qu’un appointe-crayon ! ). Mais ce sont les couleurs de gouache à acheter qui intriguaient le plus, en raison de couleurs inconnues jusque-là : ʺ Sienne naturelleʺ et ʺTerre de Sienne brûlée ʺ. Qu’était donc cette “ Sienne ” et comment pouvait-on faire brûler de la terre ?
Le professeur de travail manuel demanda des fournitures de papier ou carton aux dimensions précises, de quoi inquiéter un pensionnaire qui ne rentre pas chez lui tous les samedis. Comment se les procurer ?

Mais tous ces petits soucis d’un interne débutant trouvèrent vite une solution, et, à la fin de la semaine, tout semblait en place pour vraiment commencer l’année scolaire. En particulier, chacun avait bien repéré l’emplacement des salles et surtout commençait à maîtriser le fonctionnement de l’internat : les lieux, les horaires, les déplacements, et, surtout, les interdictions…

La première sortie

L’interne désirant retourner chez lui le samedi devait en faire la demande écrite le jeudi, durant l’étude du soir, en remplissant un “billet de sortie” rouge. Par suite, l’administration validait cette demande et le pensionnaire reprenait le précieux document le samedi à 16 heures en quittant le lycée. Les parents signaient le billet durant le dimanche et l’enfant le déposait à la loge en entrant à l’internat le lundi matin.
Pour beaucoup, la première sortie se fit à la fin de la semaine de rentrée. Mais certains internes, ceux qui habitaient loin, restaient en pension plusieurs dimanches de suite, avant de partir chez eux un samedi. Et pour les quelques garçons dont le village se trouvait vraiment fort loin, point de sortie le samedi ; ils devaient attendre les vacances scolaires pour retrouver le cocon familial !                     

Un billet de sortie… de 1966

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Conférence 9 décembre 2023

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Voeux 2023

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Conférence

Samedi 26 novembre à 11 h au lycée Henri IV aura lieu  

une conférence « L’Ukraine, portrait d’une nation en guerre » par Mme Géronimi
Le 21 février 2022, trois jours avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie,  Vladimir Poutine déclarait « L’Ukraine, ce n’est pas seulement notre voisin mais c’est également une partie de notre histoire, de notre espace culturel ».

De la Rous de Kiev à la nation ukrainienne , Mme Géronimi dressera le portrait de l’Ukraine et analysera la portée géopolitique de la guerre en cours.

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Bacheliers promo 2022

Ce 19 novembre avait lieu la remise des diplômes aux bacheliers cuvée 2022.

Félicitations à tous et plus particulièrement aux 21 qui ont obtenu une mention Très Bien !

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L’Urban Trail passe dans Henri IV

Ce dimanche 23 octobre 2022, 4200 personnes ont traversé le lycée Henri IV en courant ou en marchant.

extraits choisis :

« Oh c’est beau ! »   

 « hum ! ça sent l’école » 

« On ne court pas dans les couloirs ! » 

        « 2h de colle ! »           

    « oh ça n’a pas changé ! »  « oh ça a changé!       

   » j’ai passé mon bac ici !

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Promo 72

Beaucoup d’émotion, de la joie, un immense plaisir pour ces retrouvailles. Les anciens de la Terminale A, promotion 1972 , se sont retrouvés , 50 ans après, au lycée.